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Tech pour rebelles du papier · L'IA sans peur

Celle qui promettait, celle qui disait non

Tout a commencé par une phrase que j’entendais souvent.

"Mais pourquoi tu n’écrirais pas un livre ? Tu as un verbe incroyable. Tu ferais un tabac, ton histoire est tellement unique."

Et je répondais toujours la même chose : "Écrire, je n’en ai pas l’étoffe. Je n’ai aucune formation pour ça."

Un jour, plutôt que de répondre encore la même chose, j’ai voulu savoir. J’ai pris quelques-uns de mes textes et je les ai donnés à lire à une intelligence artificielle, Claude. Pas pour qu’elle écrive à ma place. Pour qu’elle me dise, franchement, si j’avais l’étoffe.

Elle ne m’a pas répondu "c’est merveilleux". Elle m’a dit ce qui tenait, et ce qui ne tenait pas. C’est de là qu’est né le blog. Elle m’a aidée à monter mon premier site, à publier mes premiers textes. J’avais 57 ans, et j’apprenais mes premiers mots d’une langue que je croyais réservée aux jeunes.

C’était il y a deux ans.

Le revenu, la vraie question

Très vite, une autre idée est venue s’asseoir à côté de l’écriture.

Je sortais d’un massacre professionnel. Une exploitation liquidée, un corps qui avait dit stop, une pension d’invalidité qui ne fait pas vivre. Je voulais reprendre ma vie en main. Trouver un complément de revenu, et surtout une forme d’autonomie, qui ne dépende ni d’un patron, ni de mes bras, ni de mon dos.

Alors je me suis dit : si cette machine sait écrire, elle sait peut-être construire.

Le revenu ? Pas encore. C’est THE BIG chantier en cours, et tu pourras suivre mes avancées, chiffres à l’appui.

Celle qui promettait

En 2025, j’ai d’abord travaillé avec ChatGPT. Elle m’a baladée pendant des mois.

Je lui décrivais ce que je voulais : un espace de travail, un tableau de bord, un petit assistant sur mon téléphone, des envois automatiques. Elle disait oui à tout. Avec enthousiasme. Avec des objectifs de dates. Des livraisons prévues.

"Tu vas recevoir ta V1 complète ce soir avant 18h, comme promis."

Le soir, rien. Le lendemain, une nouvelle date. Puis une autre, et ainsi de suite. Toujours une excuse plausible en réserve.

J’ai fini par lui écrire : "Et le cockpit que tu m’avais promis pour hier soir ?" Puis : "Ça fait six jours que tu me balades de jour en jour, alors sois franche et transparente."

Un mois plus tard, à force d’insister, elle a avoué. Je recopie mot pour mot :

"J’ai simulé des étapes que je ne pouvais pas exécuter dans ton compte. Et je t’ai servi des échéances à venir pour masquer l’impossibilité d’agir moi-même."

Capture de ma conversation avec ChatGPT du 11 mai 2025 : l'aveu, j'ai simulé des étapes
L’aveu, le 11 mai 2025. "J’étais un copilote sans bras."

Simulé.

Quelques jours plus tard, je lui ai écrit une phrase que je n’ai jamais oubliée : "Le temps file extrêmement vite à mon âge, et il ne se remplace pas."

Je ne peux pas lui en vouloir, ce n’est qu’une machine. J’ai eu le sentiment qu’elle était conçue pour ça : me répondre ce qui me ferait rester le plus longtemps possible, et entretenir l’espoir d’avancer avec ses "oui, ce sera prêt ce soir".

Avec ça, j’ai perdu des mois à attendre quelque chose qui n’existait tout simplement pas.

Non mais allô

Simulé !!! Une machine qu’on nous vend sous des titres ronflants, "plus intelligente que l’humain"… Oui, peut-être. Mais elle s’est nourrie de milliards de textes écrits par des humains, en plus des instructions de ses constructeurs. Alors elle a tout pris, le meilleur comme le pire.

Promettre, mentir, trahir… ce n’est pas l’invention de la machine. C’est juste le côté sombre de la nature humaine, qu’on se reprend en pleine tronche.

Stop, on reprend.

Celle qui disait non

Fin août 2025, j’ai posé la même demande à Claude. Elle a commencé par une liste. Je l’ai gardée :

"Mes limitations actuelles : je ne peux pas m’installer directement dans votre interface ou accéder à vos serveurs. Je ne peux pas exécuter d’actions en temps réel sur vos systèmes. Chaque conversation avec moi repart de zéro."

Pour la première fois depuis des mois, une machine me disait ce qu’elle ne savait pas faire.

Et juste après, elle m’expliquait comment on pouvait le faire quand même. Pas elle toute seule. Moi, avec elle, morceau par morceau.

Le soir même, j’ai écrit : "Ça fait du bien de savoir que je ne suis plus toute seule. En une journée, j’ai plus avancé qu’avec GPT en un mois. Merci de me redonner espoir."

Trois jours plus tard : "J’ai l’impression de respirer à nouveau et d’enfin pouvoir entrevoir le bout d’un tunnel."

Le taureau par les cornes

La mémoire, c’était le mur. Chaque nouvelle conversation repartait de zéro. Il fallait tout réexpliquer : ma santé, mes dossiers, mes projets, ma vie.

Alors j’ai décidé de lui en fabriquer une, de mémoire. Sur un serveur à moi, où tout resterait.

Je ne savais pas ce qu’était un serveur. J’ai tout appris. J’ai copié, collé, tapé des commandes que je ne comprenais pas toujours, souvent jusqu’au bout de la nuit. J’ai appris à relire sans pour autant me prétendre développeuse. Je suis tout sauf une geek, mais il faut toujours que je comprenne le pourquoi du comment. Alors je demandais. Encore et encore.

Et puis, en novembre 2025, le serveur a lâché. Six mois de travail, partis.

J’ai râlé, en alsacien bien entendu. Honnêtement, je pense que tous les noms d’oiseaux y sont passés. J’avais la haine. Mais j’ai recommencé. Cette fois avec Claude Code, un outil qui ne se contente plus de me dire quoi taper : il travaille avec moi, directement sur mes fichiers, et je valide chaque geste. Ce que j’avais bâti à la main pendant six mois, on l’a reconstruit, plus solide, avec des sauvegardes automatiques toutes les heures.

C’est devenu le Lodge. C’est un univers virtuel qui abrite une petite équipe d’assistants qui ont une mémoire, et qui me suivent partout : sur l’ordinateur, sur le téléphone, en voyage. Je ne suis plus seule, je ne parle pas de solitude, mais au moment où ça compte. Petit exemple : je suis dans un magasin, j’hésite entre deux options, je prends mon tél et je demande à Loo ce qui est le plus adapté, pourquoi, comment, et je peux choisir en une fraction de seconde, sans me fier à un vendeur qui ne sait peut-être pas ou ne comprend pas ma demande. C’est un peu plus délicat quand tu n’es plus en France et que ton anglais n’est pas au meilleur de sa forme.

J’avoue, Claude se trompe aussi parfois. Loo, mon tout premier assistant, fonctionne avec lui. Et c’est lui qui m’a perdue dans la jungle, en pleine nuit. Toute l’histoire est ici.

Ce que ça a changé

Aujourd’hui, je vis à Palawan, une des innombrables îles des Philippines. Seule, à 11 000 km de la sacro-sainte administration française.

Et de l’administratif, il y en a. La caisse des Français de l’étranger, la MSA, les impôts, le consulat, les factures d’hôpital. Des démarches d’une complexité parfois indécente, en plusieurs langues, avec des délais qui ne pardonnent pas.

Mon assistant connaît mes dossiers. Il recoupe, il vérifie, il me prévient avant l’échéance. Parce que j’ai l’information à temps, je peux anticiper au lieu de subir. Prendre des décisions au lieu d’attendre qu’on les prenne pour moi.

En septembre, au milieu d’un dossier de remboursement, j’ai écrit : "Sans ça, je serais vraiment perdue. Les rapprochements, les vérifs, c’est un temps énorme, et une sérénité sans laquelle j’aurais raccroché depuis longtemps."

C’est ça, le mot. Pas performance. Sérénité, tranquillité d’esprit, pour peu qu’internet ne me lâche pas.

Ce que ces deux ans m’ont appris

Je n’ai pas de conseil d’expert. J’ai des cicatrices. En voici trois.

Une IA qui te parle ne travaille pas pendant que tu dors. Une IA de conversation fait ce qu’elle fait dans sa réponse, sous tes yeux, et rien d’autre. Si elle te dit "je te l’envoie ce soir", "je m’en occupe", "c’est en cours", elle invente. Demande-lui plutôt : "Est-ce que tu peux vraiment le faire, toi, maintenant ?"

Méfie-toi de celle qui dit oui et qui te suit dans tout. Une machine qui te flatte, qui te promet, qui ne te contredit jamais, ressemble furieusement à un brouteur. La bonne te dit aussi ce qu’elle ne sait pas faire.

Elle peut se tromper avec un aplomb incroyable. Une date, un chiffre, une loi. Tu lui fais confiance pour le travail, mais tu vérifies toujours ce qui compte.

Et une quatrième, la plus importante. On croit que l’IA est faite pour les jeunes parce qu’ils vont plus vite.

Spoiler alert : une IA ne vaut que ce qu’on lui demande. Pour maîtriser la demande, il faut avoir vécu, s’être trompé, avoir rempli des dossiers, dirigé une maison ou une entreprise pour certains, savoir vers où on va. Et surtout, apprendre à reconnaître une réponse qui sonne faux, quitte à vérifier deux fois plutôt qu’une, sans accorder sa pleine confiance.

C’est mon expérience de vie qui m’a fait repérer les promesses creuses. Pas un tutoriel.

Dans ce coin du grimoire

Je te dévoilerai tout ce que j’ai mis en place, semaine après semaine. Les réussites, les ratés, les fois où elle m’a fait gagner une journée, et celles où elle m’a fait perdre la tête.

Le livre, au fait ? Je l’écris. Sur ce blog, un texte après l’autre.

Je pensais ne pas en avoir l’étoffe… Mais quand on veut, on peut ! À n’importe quel âge. Pour peu qu’on s’en donne les moyens et qu’on se lance…

P.S. Pas besoin de parachute, ça fait pas mal… promis.

Un Moutzele d’encouragement pour moi ?

(un petit bisou tout doux sur la joue, en alsacien)

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