La valse à 4 temps…
Trois temps pour s’apprendre, un temps pour s’assumer.
• • •
On nous avait vendu la vie en trois temps. Un, deux, trois. Bien cadencé, bien rangé, bien propre. Presque linéaire. Vous savez, les sacro-saintes croyances limitantes ?
Sauf qu’il y a toujours ce foutu quatrième temps dont personne ne te parle jamais. Celui qui n’a rien à foutre là, qui débarque sans aucune invitation, et qui déséquilibre tout, sans sommation. Tu te retrouves au trente-six millième dessous, sans ascenseur, on s’entend. (Bon, de toute façon, personne ne t’a demandé ton avis. Pourquoi faire d’ailleurs ? Tu es pleinement consentant(e).)
Alors tu trébuches. Parfois tu te rattrapes in extremis — ouf, t’as juste le temps de te dire « what the… » que c’est rebelote. La fois d’après, tu t’étales de tout ton long. Tu grognes. Tu pleures. Tu étouffes. Tu jures, tu maudis. Rien ne sert. Parce que voilà, c’est Belote à la rescousse…
Et un jour, enfin, tu t’entends. Tu l’entends, cette voix qui hurle dans ton silence, dans tes peurs, depuis des semaines, des mois — pour moi ça a été des années. Ta voix à toi, la seule que tu devrais écouter, parce qu’elle, elle sait… Et le pire, elle sait depuis toujours.
Tu te relèves. Tu ravales. Ta perception évolue. Et là, fière, tu crois tenir. Et BAM, tu t’en reprends plein la gueule — ça serait pas drôle sinon. Mais à force, tu apprends. Tu mets des protecs. Si ça suffit pas, tu enfiles une armure et tu poses un matelas. Juste histoire de ne plus te saboter à longueur de temps.
Sauf que ta propre armure finit par te rentrer dans la chair, sans crier gare. Et c’est la goutte de trop, celle qui fait crier stop. Snuffnient les conneries.
Voilà. Ma valse à moi. Ma valse à quatre temps. Usée. Révoltée. Debout. Droite dans mes bottes, je ne baisse plus les yeux. Ni maintenant. Ni plus jamais.
• • •
RÉSILIENCE
Aujourd’hui, à 59 ans (mais chuuuut, faut pas l’dire), je ne campe plus dans mes bottes, ni sur ma terre. J’ai arrêté de m’échiner à nourrir la France aux dépens de ma santé.
J’ai tout quitté, pour me réparer — du moins ce qui peut encore l’être. Pour ce faire, j’ai amorcé un p’tit détour par Istanbul, en attendant d’arriver à ma destination finale… (j’te raconterai.)
Ce n’est pas une fuite, comme on pourrait le penser, mais mon sauvetage tout court.
Aujourd’hui, je m’essaie à la plume — avec cette fois, je l’espère, les bonnes binocles sur le nez. J’ai parfaitement pris conscience que rien n’est acquis, sur rien, ni personne…
Je te rassure : je ne suis devenue ni mage, ni sage. Je ne suis toujours pas zen, toujours un peu rebelle.
En revanche, je suis plus fidèle à moi-même. Je m’entends. Je m’écoute. Je prends soin de moi. Et mon nouveau leitmotiv — qui m’aime me suive — me va comme un gant.
C’est justement parce que je suis tombée 50 fois, parce que je me suis ramassée au moins 1000 fois, que ce blog existe. Pour permettre à l’une, ou un autre, de chausser ses meilleures lunettes. Ou peut-être, tout du moins, lui amortir un peu la chute…
• • •
ACCEPTATION
Il n’aura fallu qu’une semaine jour pour jour — conséquences du Coco — BAM, plus de chiffre d’affaires. Licenciement de toute l’équipe. Toute une vie de labeur part en vrille.
Et pour parfaire le tableau, mon compagnon se barre, explications 0. Mon père, hospitalisé d’urgence, double AVC massif. Il en ressortira hémiplégique.
Au final je me prenais une bombe à retardement après l’autre… liquidation judiciaire, invalidité, interdiction de travailler… j’en passe des vertes et des pas mûres. Si on m’avait enfoncé tel un pieu sans pointe qu’on force dans le sol à coups de masse, ça n’aurait pas été pire. Ça t’éclate la gueule, ni plus ni moins.
Une pléiade d’huissiers au quotidien. Je me planquais pour qu’ils ne devinent pas ma présence. Plus rien pour nourrir les bêtes.
Mon unique fils, mon binôme, celui pour qui j’aurais donné ma life à m’en fendre les tripes. Parti à l’aube sans même un au revoir, sans une adresse. Presque 4 longues années de silence. Je me suis sentie rayée — comme si je n’avais jamais existé.
Un champ de guerre digne d’Hiroshima.
Je suffoque. J’avais mal dans la poitrine. Mal dans le ventre. Mal dans l’âme.
Et cerise sur le gâteau, c’est précisément à ce moment là que mon corps fait son coming-out…
« C’est terminé là, Clo. C’est fini, tes conneries. JE ne veux plus. JE ne peux plus. STOP. Tu m’as exploité au-delà du possible, pendant toutes ces années j’ai tenu bon. Mais là, c’en est trop. Les mots sont mes maux. Ta rudesse envers moi est ta soulte. Je vais reprendre ce qui m’est dû, mais pas sans que tu te couches, ma belle… »
Signé : ton Corpus Caput Mortuum Est. l’intégrale ici → Grimoire n°3
Et là tu te dis — comment je fais pour sortir de là ? Comment je peux survivre à ça ? Comment me relever ? Aucun écho. Rien. Juste un silence apocalyptique.
• • •
LÂCHER-PRISE
Et maintenant ? Rien. Plus rien. Juste un silence post-apocalyptique.
Et ce poids. Sur la poitrine. Sur tout le corps. Il ne se compte même plus en tonnes. Ce genre de poids qui te cloue — pas au lit, pas au canapé — qui te cloue à toi-même, sans possibilité de t’extraire. Spoliée de tout. Même de l’envie de bouger.
Dans la tête : un vide. Dans le cœur : un gouffre encore plus grand.
Ne plus penser, sinon ça me ramenait à l’insoutenable. Comme si on m’avait tout arraché — jusqu’à mon essence.
Alors j’ai fait ce que font les naufragées qui n’ont plus rien d’autre : j’ai crié. Sur la terrasse, à voix haute, dans la nuit. À Dieu, à Jésus, à la lune, à l’Univers, à la terre entière.
Tout y est passé. Les paroles qu’on écrit et qu’on brûle. Les prières silencieuses. Les rituels qu’on invente quand la raison ne suffit plus.
Des mois de stupéfaction. Des mois de pleurs. Du dev perso à l’auto-hypnose en passant par la méditation — un million de vidéos pour comprendre. Pour ne surtout plus penser.
Pour juste… ne plus avoir aussi mal.
Le lâcher-prise, ce n’est pas une zen attitude de magazine. C’est ça. C’est les cris vers la lune à 3h du matin. C’est reconnaître qu’on ne contrôle plus rien, et poser les armes qu’on pensait salvatrices — qui au final te font la peau.
Et petit à petit, à renfort d’évidences, d’ascenseurs émotionnels — quelque chose est devenu limpide : tu n’as que toi.
C’est là que tu te dis : si t’as juste encore une once de dignité — infime, avant le grand spleen — alors bouge.
• • •
LES BONS BINOCLES
Mes vieux lorgnons.
Tu sais, c’est comme le coup du pare-brise. Un chtoc. Puis un zigzag. Puis la toile d’araignée — ça va tenir. Et un jour — un minimoïs invisible — le pare-brise explose.
Tu te prends les éclats en pleine tronche, à 160 à l’heure, sur autoroute. (Sinon ce ne serait pas drôle…) Là, tu enfermes ton toi d’avant à double tour, et tu cours chez l’ophtalmo. PS : garde la clé, on ne sait jamais…
(Mon pare-brise à moi, je te le raconte dans le grimoire n°3, Démystifier la santé.)
Et là, BAM. Nouveaux binocles, nouvelle vision !
Avec les mon mien sur le nez, à moi, rien qu’à moi — pas ceux qu’on m’a infligés à coups de rabâchages millimétrés pendant 50 ans — j’y vois enfin.
Je vois que ce que je prenais pour mon refuge n’était qu’une hallucination. Un piège de bonne convenance.
Et d’un coup d’un seul, tu vois. Une éclate de lumière. Les mensonges, les trahisons — tout. Tu vois les siphonneurs d’âme. Les insoupçonnables… Ça fait mal, trop mal pour y croire d’abord. Ça se gravent dans ta chair. Tout bascule. Mais maintenant je sais… On ne m’y prendra plus !
Alors quoi ? Voir, ça ne suffit pas…
Ce qu’il faut c’est action-réaction.
Pour m’aider, j’ai ressorti mes bonnes vieilles santiags — tu sais, celles bien pointues. Parce que pour sortir de là, et pour ne pas te perdre, c’est pas en attendant que ça passe ! Mais si tu te bouges, si tu te mets des coups de pieds au dersch, c’est là que le champ des possibles se déroule… Je sais, ça fait mal, mais c’est le seul moyen à ma connaissance.
Et tu sais quoi ? Elles sont peut-être vieilles, datées, usées. Mais je les garde. Au cas où on essaierait à nouveau de me reprendre à la gorge.
Ou, et c’est le pire des scénarios, au cas où ma propre voix d’autrefois reprendrait du galon pour me faire basculer dans ces vieux schémas qui ne m’ont jamais appartenu.
• • •
Voilà ma valse à moi. Celle qui m’a fait tournoyer, trébucher, me relever.
Aujourd’hui, j’assume enfin celle que je suis.
Et ce foutu quatrième temps — il ne m’emmêle plus les pinceaux. Je l’ai apprivoisé, intégré, fait mien. Pas malgré lui. Avec lui.
C’est devenu mon équilibre. Une valse à 4 temps. À contretemps, mais la mienne.
• • •
Et toi dans tout ça — elle, lui — tu en es où ?
Encore dans tes carcans ? À la recherche de ton Toi à toi ? Ou juste de passage ?
