Ailleurs · Ce qu'il faut savoir
Un rectangle de plastique vert
Dans ma valise, entre les médicaments et les dossiers, il y avait ma carte Vitale.
Je savais très bien qu’elle ne me servirait plus à rien. Hors d’Europe, la Sécu s’arrête. Pas de lettre, pas de rendez-vous, pas de dernier tampon. Tu passes la frontière, et ta carte Vitale devient un rectangle de plastique vert, sans aucune valeur.
Je l’ai emportée quand même. Comme un trophée souvenir. Un acte de résilience de plus. Perdre encore…
Elle est toujours dans mon portefeuille.
Dans l’épisode précédent, je t’ai dit que ta pension voyage, et que ta santé, non. Voici ce qui se passe quand la Sécu te lâche. Il reste donc trois portes. Elles ne se valent pas, et aucune n’est celle qu’on croit.
Première porte : la convention
C’est celle qu’on te citera en premier : "Il y a un accord avec ce pays, tu es couvert."
La France a signé des conventions de sécurité sociale avec une quarantaine d’États. Alors je suis allée lire celle des Philippines. Elle date du 7 février 1990. Son titre III, celui des prestations, contient trois chapitres : vieillesse, survivants, invalidité.
Pas de chapitre sur la maladie. Les mots "prestations en nature", le terme administratif pour la prise en charge des soins, n’apparaissent pas une seule fois. Le mot "remboursement" non plus.
Traduction : cette convention fait voyager les pensions. Elle ne fait pas voyager les soins.
C’est le premier conseil que je te donne, et il est gratuit : lis la convention toi-même. Elles sont toutes publiées en français par le CLEISS. Ne te contente pas de "il y a un accord". Regarde ce qu’il y a dedans. Chaque convention est différente : certaines couvrent la maladie, beaucoup non.
Deuxième porte : l’assurance privée
C’est celle vers laquelle tout le monde te poussera. Et il y a de bonnes raisons : elle rembourse mieux, elle avance les frais, elle répond au téléphone.
Seulement, il y a un formulaire à remplir avant. Un questionnaire médical : tes antécédents, tes traitements, tes opérations, tes maladies chroniques.
Si tu es en bonne santé, tu compares les garanties. Si tu es malade, tu regardes qui veut bien de toi. Moi, personne n’a voulu. Je te raconte la semaine prochaine, dans "Dix-sept jours", comment j’ai encaissé cinq refus, coup sur coup.
Troisième porte : la CFE
La Caisse des Français de l’étranger est un organisme public, créé en 1978, pour exactement ça : les Français qui ne relèvent plus de la Sécu.
Et c’est là que quelque chose se retourne. La CFE ne pose aucune question sur ta santé. Pas de questionnaire, pas de limite d’âge, pas d’exclusion pour tes antécédents.
Contrepartie, et pas des moindres : elle rembourse mal. Pour une hospitalisation, elle prend en charge entre 19 et 67 % de ce que tu as payé, selon le pays où tu es soigné. Le monde est découpé en cinq zones, et je te mets le tableau complet dans "Dix-sept jours".
Reprenons calmement. L’assurance privée rembourse bien, mais elle te trie. La CFE rembourse mal, mais elle ne te trie pas.
Autrement dit : plus tu es malade, moins tu as le choix. Et la seule porte qui reste ouverte est celle qui rembourse le moins.
Ce n’est peut-être pas juste. Mais j’ai appris que c’est ainsi que tourne le monde : tu as cotisé à la Sécu toute ta vie, mais ta couverture santé ne s’expatrie pas avec toi. Par contre, ce que je sais aujourd’hui, c’est que pour quelqu’un comme moi, la CFE n’est pas la moins bonne option. C’est la seule. Quelqu’un, en 1978, a pensé à nous. Pour une fois qu’on peut remercier une administration, ne nous en privons pas.
L’aide que personne ne te proposera
La cotisation CFE dépend de ton âge et de ton contrat. Plus tu vieillis, plus elle grimpe. Et quand tu vis avec une petite pension, elle mord fort.
Sauf qu’il existe une "catégorie aidée", dont personne ne te parle. Une cotisation forfaitaire de 228 euros par trimestre, quel que soit ton âge.
Les conditions, en 2026 :
- être de nationalité française ;
- être inscrit au registre des Français établis hors de France, auprès de ton consulat ;
- adhérer à la CFE à titre individuel, en MondExpat ou RetraitExpat Santé ;
- avoir des ressources inférieures à 24 030 euros par an, soit la moitié du plafond de la Sécurité sociale.
Et nouveauté : les pensionnés y ont droit eux aussi.
Je l’ai découverte en écrivant ce texte. Personne ne me l’avait proposée. Ni à l’adhésion, ni dans un courrier, ni nulle part. Je payais deux fois et demie ce montant depuis le premier jour. Deux fois et demie. Depuis sept mois. Encore une claque.
Le jour même, je me suis inscrite au registre et j’ai écrit au consulat.
Parce qu’il y a un piège : la demande ne se fait pas à la CFE, mais au consulat de ton pays de résidence. C’est lui qui étudie tes revenus et qui transmet. L’aide démarre le premier jour du mois qui suit sa décision, jamais avant. Chaque mois où tu ne la demandes pas, tu le paies plein pot. Pas de rétropédalage possible, comme d’hab…
Ce qui reste à ta charge
Faisons les comptes honnêtement.
D’un côté, ta cotisation, tous les trimestres. De l’autre, la part que la CFE ne rembourse pas. Aux Philippines, en zone 2, la moitié de chaque hospitalisation, hors des quelques hôpitaux partenaires, reste pour toi. Et il n’existe aucune complémentaire pour combler le reste : la CFE est ta seule couche, sans rien derrière.
Une hospitalisation de 10 000 euros aux Philippines ? La CFE t’en rembourse 5 000. Les 5 000 autres, c’est pour ta pomme.
Ce reste à charge est réel, il est permanent, et il faut le budgéter comme un loyer, dans la mesure du possible. On est bien d’accord : la maladie ne prévient pas un an à l’avance.
La CFE n’est pas une assurance qui te met à l’abri. C’est une assurance qui t’évite la ruine totale. Ce n’est pas la même promesse, et il vaut mieux le savoir avant de partir.
Ce que je ferais, dans l’ordre
Ce n’est pas un conseil d’expert. C’est le chemin que j’aurais aimé qu’on me donne.
- Lis la convention de ton pays d’accueil, en entier, sur le site du CLEISS. Cherche le mot "maladie" et l’expression "prestations en nature". S’ils n’y sont pas, tes soins ne sont pas couverts, quoi qu’on te dise.
- Regarde la zone CFE de ton pays sur la carte de la CFE avant de le choisir. Entre 19 et 67 %, ce n’est pas un détail : c’est parfois le pays qu’il faut changer.
- Adhère à la CFE avant de partir. Pas en arrivant. Avant. "Dix-sept jours" te dira pourquoi.
- Inscris-toi au registre des Français établis hors de France dès ton arrivée. C’est gratuit, ça se fait en ligne, et ça t’ouvre la porte de la catégorie aidée.
- Demande la catégorie aidée au consulat si tes ressources sont sous le plafond (les conditions sur le site de la CFE). Personne ne te la proposera.
- Chiffre ton reste à charge annuel et mets-le dans ton budget, au même titre que le loyer. Pas dans un coin de ta tête.
Pour finir
On m’a dit un jour qu’en partant, je "prenais mes responsabilités". C’est vrai.
Mais prendre ses responsabilités suppose qu’on t’ait donné les informations. Rien de ce que je viens d’écrire ne m’a été dit spontanément. Je l’ai cherché, lu, recoupé. Et parfois compris trop tard.
C’est pour ça que j’écris. Pas pour me plaindre : je suis partie, je l’assume, et je ne reviendrais pas en arrière.
Pour que le prochain l’apprenne avant.
Sources
- Convention de sécurité sociale entre la France et les Philippines du 7 février 1990 : titre III, vieillesse, survivants, invalidité ; aucun chapitre maladie, ni "prestations en nature". Texte publié par le CLEISS. https://www.cleiss.fr
- CFE, page de l’offre MondExpat Santé : adhésion sans questionnaire de santé ni limite d’âge. https://www.cfe.fr/web/ux-design/offre-mondexpat
- CFE, tableau des garanties santé applicable depuis le 1er juillet 2025 : hospitalisation remboursée de 19 % à 67 % des frais réels selon la zone ; Philippines en zone 2. Documents clés sur https://www.cfe.fr/brochures
- CFE, catégorie aidée : cotisation forfaitaire de 228 € par trimestre ; nationalité française, inscription au registre des Français établis hors de France, adhésion individuelle MondExpat ou RetraitExpat Santé, ressources inférieures à 24 030 € par an en 2026 ; pensionnés désormais éligibles ; demande déposée au consulat, effet le 1er jour du mois suivant la décision, dossier revu tous les trois ans. https://www.cfe.fr/categorie-aidee
- Ambassade de France aux Philippines, prise en charge des frais de santé : la demande de catégorie aidée se dépose auprès du consulat. https://ph.diplomatie.gouv.fr/fr/social/prise-en-charge-des-frais-de-sante
- Inscription au registre des Français établis hors de France : en ligne, gratuite, valable 5 ans. Service-public.fr. https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/vosdroits/F33307
Informations vérifiées le 12 octobre 2026.
Un Moutzele d’encouragement pour moi ?
(un petit bisou tout doux sur la joue, en alsacien)
Merci pour le Moutzele. Tu veux la suite ? Reçois les news du chaudron
Ce texte t’a parlé ? Partage-le…
Recevoir les news du chaudron…
Quand une bulle s’échappe du chaudron, je te la fais parvenir.
Tu ne rateras plus aucun scoop croustillant.
Pas de pub, pas de revente de ton adresse,
tu t’en vas quand tu veux, juste en un clic.
